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Presse

Les Voyageurs dernier volet du diptyque TRIA FATA de Maylis Bouffartigue, et reprise du premier volet Les Diseurs. Jérôme Gac – Intramuros.

« Les Diseurs », premier volet du diptyque « Tria Fata » («Trois fées» en patois commingeois) a déjà été créé au Ring  à Toulouse. La metteur en scène Maylis Bouffartigue y interroge nos dérives à travers le regard perplexe de trois Parques perdues au cœur d’une modernité gouvernée par la société de consommation. Sur un plateau plongé dans une semi pénombre, elles s’attèlent à un rituel dominical, une énigmatique cérémonie aux allures funèbres, un exorcisme pour chasser de mauvais états qui hantent les hommes. « Les Diseurs » montre la rencontre de trois personnages ancestraux, gardiennes du temple, avec nos vices contemporains. Maylis Bouffartigue tend un miroir aux hommes pour mieux creuser le tréfonds de leur âme, révélant la monstruosité installée en chacun de nous. Le spectacle est teinté de l’ocre de la terre pétrie et retournée, et du rouge du sang des vivants. L’éclat de l’argent et celui du reflet des miroirs le traverse dans une transe originelle.

Dans le second volet, « les Voyageurs », les Fées-Parques partent en guerre contre les tables de la Loi imposée au peuple par l’élite. Le plateau se mue en tribunal où, cernée de miroirs, la Loi devra répondre de ses crimes. Profondément humaniste, le théâtre de Maylis Bouffartigue révèle un univers esthétique qui s’affranchit des moules en vigueur, des formats attendus et autres filets à subventions pour mener sa barque sans concession aucune. Sa poésie est tissée d’une liberté de ton assumée, d’une fraternité à cultiver d’urgence et d’un combat têtu pour l’égalité des citoyens. Elle est de ceux qui persistent à croire que le rôle de l’artiste n’est pas seulement celui d’un simple amuseur de foire et de rues piétonnes, mais qu’il doit aussi être un révélateur des injustices de notre monde. Jérôme Gac Intramuros Toulouse.

TRIA FATA Les Diseurs

DIRE OU NE PAS DIRE, TELLE EST LA QUESTION? Juliette CELLO – Rue du théâtre.

Dans le cadre du festival Nous n’irons pas à Avignon de Vitry-sur-Seine, Maylis Bouffartigue présente sa dernière création artistique, ou plus exactement une première maquette de son dernier spectacle en cours… Un moment surprenant qui interpelle le spectateur par sa forme insolite et par son fond interpellant.  Au début, on est déjà surpris. A peine entrée dans la salle, Maylis Bouffartigue, comédienne, créatrice et metteur en scène, se trouve sous la lumière d’un petit spot sur pied ; le spectateur est accueilli et invité à prendre place. Puis, le show commence. Elles sont trois. L’une d’entre elles ne cessera tout au long de la pièce de pousser une brouette pleine d’horloges.  « Dimanche, c’est fête »  s’écrie-t-elle soudain avant d’entrer dans une transe hypnotique, suivie aussitôt par les deux autres. Le ton est donné. Il ne s’agit pas d’une pièce comme les autres et le spectateur va devoir chercher lui-même les réponses à ses questions. Aucun dialogue ne l’y aidera. Quelques minutes plus tard, assises sur un fauteuil à bascule et sur un petit banc, les deux femmes énoncent, en canon comme dans les chorales, les synonymes du verbe dire. Très vite se superposent une première bande-son, extraite d’une émission de radio, puis une deuxième et sans doute une troisième, tout s’accélère, s’amplifie, on ne distingue plus rien, le brouhaha l’emporte… et d’un coup, alors que le spectateur se sent ivre, emporté par le tourbillon, tout s’arrête. Silence. S’ensuit une variation sur le rire, qui commence par un petit  ha  et s’achève par l’expression  mourir de rire  mise en image. Le puzzle se met en place Au début on ne comprend rien. Il n’y a pas vraiment d’histoire. Les petites scènes s’enchaînent pendant une heure, sans rupture avec des oscillations continuelles de rythmes, d’intensités, appuyées par des bandes-sons d’extraits de radio et des images vidéo projetées sur de grands écrans. Tout semble décousu. Puis, peu à peu, les éléments du puzzle se mettent en place. On comprend que tout tourne autour de la parole dans ce qu’elle a de plus absurde.

Miroir de l’espoir En réalité, toute la pièce est centrée sur un même thème : l’homme ne pense plus par lui-même, il est étouffé par la masse médiatique qui lui dicte ses besoins et l’empêche de réfléchir. La langage a perdu sa valeur et il ne sait plus s’en servir. Au commencement était le verbe. Mais aujourd’hui, où en sommes-nous ? Voilà la question que pose Maylis à travers son spectacle. Et pour y parvenir, elle ne craint pas de toucher aux symboles. Elle compare ce phénomène de pensée unique à la religion qu’elle n’a pas peur d’attaquer. Vin éclaboussé, pain jeté à terre et un poisson rouge, enfermé dans un verre d’eau, symbole de l’homme qui étouffe, privé de sa liberté de penser qu’il ne sait plus utiliser.  « Les Diseurs » s’élève contre la dictature de la pensée.
Mais tout espoir n’est pas envolé pour autant. Les miroirs dans lesquels se regardent les deux femmes l’affirment. Clés du passage entre deux mondes selon Cocteau, l’illusion qu’ils renvoient nous ramène aussi au doute cartésien. Grâce à eux, on peut prendre conscience de son état, de nouveau se réapproprier le langage et redéfinir la notion de besoin. Ce spectacle hors norme questionne le spectateur, le dérange, le pousse dans ses retranchements. Les trois comédiennes investissent complètement leurs rôles, au point de paraître parfois possédées. Maylis réussit son pari, avec cette création qui s’annonce extra-ordinaire, elle réussit à provoquer une réflexion qui sort elle aussi de l’ordinaire.  Tria Fata, les Diseurs  A suivre…
Juliette CELLO dans  Rue du théâtre.

UNE SOIREE ENCHANTEE. Françoise Valon – Université de philosophie de Toulouse.

Chez Myris, n’y allez pas ! Ca peut-être dangereu… A force de rendre possible des rencontres improbables entre des arts divers, à force d’organiser cet univers multiple, les artistes peuvent devenir dangereux… Et en effet, ils le sont. Dans un hangar où les acteurs sont accueillis en résidence, la Compagnie  Monsieur, Madame…  nous attend. Choisissez votre place  nous dit l’actrice,  choisissez votre place… en attendant les autres… Les spectateurs arrivent, de tous âges, de toutes sortes. Bientôt les gradins sont pleins, on se serre, il n’y a plus un emplacement vide. Mais l’actrice continue.  En attendant les autres…  Qui sont donc ces  autres  qu’il faut attendre ? Nous le saurons tout à l’heure, quand nous nous apercevrons nous-mêmes dans la pénombre des glaces déformantes, sur l’autre bord de l’Achéron, fleuve des morts. Et en effet, voici les trois Parques, Athropos, Clotho et Lachésis :  C’est dimanche !   nous disent-elles, et elles nous font voir nos propres dimanches où nous tournons sur une musique folklorique comme une poisson dans un verre si petit qu’il ne peut tourner, mais seulement se cogner tout autour. Son image, projetée sur le mur du fond produit une somptueuse draperie mouvante et moirée, d’où parfois surgit l’il du poisson, qui nous regarde. Les trois Parques nous décrivent notre monde du point de vue de son envers, du point de vue où son incohérence le soustrait à tout dire. Elles se soulèvent au bord de paroles impossibles, il est impossible de dire, impossible de vivre, des mots crèvent comme des bulles sur des corps convulsés. Elles sont folles, mais c’est de notre monde. Elles en cherchent désespérément le sens comme le poisson prisonnier. Le trouveraient-elles dans le besoin, celui de manger, que l’encre des journaux qui témoigne du pillage des richesses leur entrerait dans la gorge, qu’elles régurgiteraient les flux monétaires qui rend possible la circulation des  produits  alimentaires. Seront-elles  occupées  comme des métronomes affolés que l’absurdité de leur course finirait par en user la mécanique. Leur temps passe avec la roue silencieuse de la brouette de Lachésis, remplie d’horloges arrêtées, la brouette glisse en un long mouvement fluide, la brouette tantôt recule, tantôt disparaît et revient, tourne comme le poisson, tandis que les Parques se purifient dans l’eau lustrale d’un bain de pieds. La pierre seule, une pierre à l’avant-scène, sans apprêts, qui se tient là, avec son poids, son évidence, la pierre seule enclot le silence fécond… Mais le goût du silence se perd dans le jeu des miroirs où leur image se découpe, se décompose, se reforme dans de grands éclats de noirs et de blancs. Avec leurs gestes d’une force, d’une maîtrise, d’une cruauté pleine de précision et d’audace, ce qu’elles pourraient nous dire, qu’elles n’arrivent pas à nous dire, que nous imaginons qu’elles nous diraient, est terrible et brûlant Les images qui nous subjuguent sont une force une puissance d’évocation bien grande. Ce qui glisse dans ces profondeurs est ample et mystérieux. Françoise Valon, Université de Philosophie, Toulouse.

LA CEREMONIE. Jacques-Olivier Badia – Le Clou dans la Planche.

TRIA FATA convoque d’étranges Parques sur la scène du Ring et invite le public à la cérémonie..

Rituel propitiatoire, expiatoire, initiatique, libérateur ? Noces, funérailles, exorcisme ? Un peu de tout cela, sans doute, quand la compagnie Monsieur Madame installe poisson rouge et brouette récurrente sur la scène du Ring en une messe non pas noire, mais grise, aux allures de pandémonium, un sabbat cryptique voué à la libération comme à la condamnation du désir – Tria Fata, les Diseurs. Sa grande prêtresse : Maylis Bouffartigue, hurleuse, taiseuse, bâfreuse écarquillée de ce drôle de sacrement.                                                                                                            « Un besoin jamais assouvi ? Hmmm ?… « Approchez, prenez place. N’ayez pas peur. Madame, monsieur, choisissez votre place. Nous sommes ici pour choisir notre place. » Ainsi parle la maîtresse de cérémonie depuis son puits d’obscurité, voix douce, apaisante, accueillant un public devenu ouailles au premier pas qu’il fait dans la salle. « Bienvenue. Bien-venue. » Disparition, hurlement d’outre-coulisses : « Elles sont où mes chaussures ? » Elles viennent alors – trois femmes sans nom vêtues de blouses de grisettes, qui poussant une brouette, qui portant un fauteuil à bascule, qui un modeste banc – s’installent au mitan de l’espace obscur que délimitent deux pierres, plusieurs miroirs, un poisson rouge suspendu, au pas sautillant d’un rondeau folklorique. Le temps bat, sonore, toujours plus sonore alors que repasse lentement la brouette chargée d’un fatras de pendules murales entre un rituel de dévoration et le chant de mots définis en canon à la lumière tremblante des allumettes. Gonflement, explosion du vide à l’enceinte trop fragile. Déflagration, déploration, rire fou, silence, « va bien falloir qu’on trouve quelque chose à se raconter, maintenant. » Raconter ? Quoi, comment, de ce si peu de mots soumis à tant de rituels – pas lent, frénésies soudaines, irruption molle de la brouette devenue table de cène, ingestion d’encre pour la gestation du vocable, dévorement goulu, hystérique, d’on ne sait quel sang à on ne sait quelle coupe ? Le plus simple, le plus immédiat : « j’ai besoin », « j’ai faim », phrases bientôt perdues en pépiements, piaulements, caquètements fous de poules rendues soudainement muettes, occupées qu’elles sont à avoir besoin. « Pas liiibres, quoi ! Vous n’êtes jamais libres ! » Ainsi vont les agapes, métronomiques, obsédantes, entre les pierres inertes et les reflets distords, dans la quête d’un lieu et d’un temps où mourir vivant plutôt que vivre  mort. Exeunt…

« Dimanche, c’est fête ! » Etranges figures, donc, que ces trois femmes campées avec maestria par Cécile Signoret, Laurence Diolez et Maylis Bouffartigue comme autant de Parques égarées ou mieux, une triple Hécate écartelée cherchant à reconquérir la maîtrise des carrefours, de la fécondité et de la mort. Figures de l’aliénation, sans aucun doute, aux besoins forcés, créés, comme le sont leurs désirs et l’assouvissement qu’ils exigent jusqu’à l’excès, vivantes métaphores du formatage de la pensée – la beuverie d’encre, un immense journal noué au cou en guise de serviette – de l’imposition du factice comme indispensable, du trop comme seule mesure de l’assez, la pléonexie devenue le modèle unique et définitif du comportement humain. Discours entendu, déjà, souvent ? Sans doute, mais rarement sous cette forme, avec cette distance métaphorique que confère l’usage permanent, presque obsessionnel, du symbole – pendule, eau, vin, poisson, pierre, nuit, lumière, pain, gémellité, reflet, table etc. Il faut alors défricher, déchiffrer avant d’afficher un semblant de compréhension, appréhension incertaine et mouvante d’une masse d’emblèmes empruntant sans y toucher à la polysémie interprétative du religieux. Messe, disions-nous ainsi dans les premières lignes ; comment ne pas y penser quand l’une dévore le pain, l’autre goûte le vin, quand le commensalisme hystérique dénonciateur de notre consumérisme évoque irrésistiblement une Cène dévoyée que suivent, et non précèdent, lavement de mains et lavement de pieds ? Mais messe égarée, païenne, que la gloutonnerie et le matérialisme justifiés par la crainte du n’être-pas et de la mort ramènent à un sabbat inconscient de sa perversité – du moins jusqu’à ce que pendues à un cintre comme viande au crochet, victimes promises à une dernière immolation, les trois parts d’Hécate retrouvent la lucidité dans le dessillement de la fin. Trop tard, toujours… Ou peut-être pas.

Une vision parmi tant d’autres, en tout cas, quand l’espace largement ouvert, l’éclatement de l’action dans une scénographie d’obscur et de reflets favorisant l’égarement comme le rebond, un parti très adroitement suivi de chaos dans la fixité, la musique remaniant sans cesse le même rondeau en psaumes et cantiques, convient chaque spectateur à sa propre cérémonie née de l’équilibre mouvant du hasard et du choix. Et une cérémonie parfaitement réglée, dont la rigueur dépasse les obligations du rituel malgré ses dehors fatrasiques, le jeu espiègle des images trompeuses, des fausses mises en abyme et la fallace du chaos. Ad majorem homini gloriam … Jacques-Olivier Badia (le Clou dans la Planche)

Tria Fata – Filles de Nécessité et de Destin. Manon Ona – Le Clou dans la Planche.

« Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer, Distraitement docile à quelque fin profonde, Attend de ma faiblesse une larme qui fonde, Et que de mes destins lentement divisé, Le plus pur en silence éclaire un coeur brisé. » Paul Valéry La jeune Parque

Clotho, Lachésis et Atropos occupent la scène du Ring : la compagnie Monsieur Madame présente le deuxième volet de Tria Fata, intitulé Les voyageurs, tout en proposant de nouveau Les Diseurs en première partie. En 2009, le Clou avait découvert ce curieux spectacle écrit et mis en scène par Maylis Bouffartigue : un étonnant partage entre réalisme et mysticisme, tragique et burlesque – trois Parques, trois presque clowns, mais à la dérision sombre.

« Communiquer, transmettre, échanger »

Bien que le Clou ait déjà donné un avis sur Les diseurs, quelques mots tout de même – difficiles à trouver d’ailleurs, tant la proposition est étrange et le ressenti trouble. Pour mémoire et parce que la chose importe : les Parques (ou Fata) furent aux romains ce que les Moires furent aux Grecs, une triple figure du Destin régnant aveuglément sur les vies humaines. Aussi vieilles que la Nuit, elles en jaillirent selon certains, furent filles de Nécessité selon d’autres. Atropos l’Irréversible coupe à jamais le fil des destinées, que Clotho tient enroulé autour de sa quenouille, tandis que Lachésis éclaire ou assombrit les avenirs en les tirant au sort. Par le titre comme l’allure des comédiennes, l’écriture se réapproprie ces figures de la mythologie antique qui drainent avec elles un imaginaire païen et obscur. Dans le premier volet, en ce qui concerne les Parques la charge symbolique est restreinte et leurs attributs moins présents que dans Les voyageurs. Certes le tournis d’un poisson rouge inaugure le spectacle, projeté sur un écran : est-ce là le cours insensé de l’Humanité, à la mémoire si faible et la marche si dérisoirement sûre. On y voit aussi circuler une brouette pleine de pendules, qui peut rappeler que les Parques séjournaient non loin des Heures, autres divinités antiques : ô Temps suspends ton vol, et vous heures propices, suspendez votre cours… Eh bien non, les Heures ne seront guère propices à l’Homme et ne se suspendront point.

« Va bien falloir qu’on trouve quelque chose à se raconter »

L’Homme est devenu cet animal social malade, incapable de communiquer. Le dire tourne en rond, c’est là un thème certes rebattu dans le théâtre contemporain, mais l’exécution en est suffisamment personnelle pour que l’on passe outre un sentiment de déjà entendu. Le spectacle se présente comme une couture d’instants, durant lesquels les comédiennes sèment, parfois au ras du public, incantations et faux moments de bravoures – quand ce qui doit sortir ne trouve que le chemin du cri, du halètement ou du caquet de volaille. Les folles fées semblent alors se suspendre à un fil – rompra, rompra pas? Cécile Signoret enrage d’avoir quelque chose à dire, boit l’encre amère des mots jusqu’à la lie, tachant son immense bavoir fait de journaux… Avec toujours ces gestes grossis, entre l’enfance et la marionnette, qui donnent aux personnages un caractère surréel. L’énergie est remarquable et les grains de folie gomment les récalcitrances. Car il faut bien le talent des comédiennes tant le jeu pique….

« Alors c’est comme ça qu’on expose l’histoire ? »

Les Voyageurs fait une toute autre place aux maîtresses des destinées, que l’on identifie sans peine. Tandis que Maylis Bouffartigue tricote, Cécile Signoret jette les pierres du sort et Laurence Diolez menace les fils tirés avec sa paire de ciseaux. Comme dans Les Diseurs, les Parques murmurent des incantations en souffrance – « voyage-voyant-voyange », l’Humanité est de passage en tous temps et tous lieux. Pourtant, la parole du pouvoir entrave les voyageurs du monde et ne sait plus dire une Histoire si mal écrite : « au commencement était le verbe », constate Lachésis en observant les informations sur une télévision,  » mais là je ne vois pas ». Autant dire que ce brusque saut de l’imaginaire antique aux médias contemporains surprend, moins toutefois que l’apparition d’un orateur sur un écran. Entogé de blanc, enrobé de miel fielleux, tout en dents jaunes et en regards assassins : Monsieur la Loi prend la parole. Il nous fait voyager de la démocratie grecque aux lois sur l’immigration, en passant par la propriété. Le comédien est allé loin dans la démesure et le grotesque. On hésite : de l’outrance assumée et porteuse au personnage tiré à gros traits et au manque de subtilité il n’y a qu’un pas. Est-il franchi ? Probablement. Car il y a là aussi de belles trouvailles. L’univers de la metteur en scène puise une force sombre dans la musique comme dans la scénographie : tant d’effets visuels et de sens grâce à cet objet simple mais riche qu’est le miroir ! Bordant la scène, délimitant l’espace du rituel expiatoire, les miroirs oppressent par leurs réflections, doublant corps et lumières dans une ronde envoûtante – « Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais / De regards en regards, mes profondes forêts », disait la jeune Parque sous la plume de Valéry.

Tout se morcelle et l’illusion se mêle à la réalité. Ici nous retrouvons le plaisir de renouer avec un théâtre rituel, artaudien. Manon Ona (le Clou dans la Planche)

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