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Presse

FLASH HEBDO TOULOUSE

Prendre le mal à la racine

Au Ring, c’est Maylis isabelle Bouffartigue, comédienne et metteuse en scène bien connue pour ses engagements humanistes, qui a mis en perspective des textes fondateurs de notre belle histoire de France, notamment le Code noir ayant régi l’esclavagisme. Dans la Mise en Procès contradictoire du Code noir, du Code de l’indigénat et du Code des étrangers, elle incarne les différentes figures de la France, tantôt sang bleu, tantôt République. Face à elle, un avocat, qui réfute un à un ses arguments et met les textes en procès, tout en les reliant à des discours récents de nos politiques faisant appel aux mêmes idées.

Le public est juge, l’ensemble est non seulement intelligent et constructif, mais il éclaire sans manichéisme les mécanismes anciens qui soustendent la peur de l’Autre et ses utilisations électoralistes actuelles. Le spectacle est suivi d’un débat avec les deux universitaires/chercheurs Olivier Le Cour Grandmaison et Louis Sala-Molins.

CECILE BROCHARD (Flash Hebdo)

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FROGGY’S DELIGHT

La mise en procès

Lavoir Moderne Parisien (Paris)  février 2013 –Spectacle conçu et mis en scène par Maylis Isabelle Bouffartigue, avec Maylis Isabelle Bouffartigue et Willy Mancel.

 D’un côté, un avocat pugnace, passionné, décryptant ce qu’il y a d’injuste dans ces codes solennels qui annoncent froidement le droit des étrangers, des indigènes, des esclaves, des sans-papiers. De l’autre, « Madame la République »  ou sa jumelle d’antan, « Madame la Royauté », qui énonce derrière son pupitre le droit au nom du peuple français, le justifie au nom de valeurs universelles qui ne souffrent aucune contestation.

« Madame la République » paraît parfois en colère quand l’avocat fait mouche, s’attaque aux discours successifs qu’elle a tenus. Car Madame la République/Royauté  lit des discours de tous ceux qui l’ont incarné, de Louis XIV à Jules Ferry, de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls.

Elle a toujours le verbe haut, une capacité hors du commun pour les grands principes qui cachent les petites bassesses. Toujours du côté de l’universel, mais un universel plutôt blanc et capitaliste, un universel qui croit que la civilisation occidentale est supérieure aux autres, que l’étranger en France a plus de devoirs que de droits, qu’il doit se soumettre et s’assimiler.

Maylis Isabelle Bouffartigue, qui a écrit et mis en scène « cette proposition théâtrale », a réussi dans « La mise en procès » à faire le tour complet de la face obscure du droit français.

Elle montre comment le pays des droits de l’homme a longtemps justifié l’esclavage avec le Code Noir, le travail forcé des « indigènes » dans les colonies avec le « Code de l’Indigénat » et comment, aujourd’hui, le même esprit répressif et peu accueillant règne dans le « Code des étrangers ».

Même si l’avocat, interprété par Willy Mancel, quitte régulièrement son pupitre pour arpenter la scène, on pourrait s’inquiéter que les deux protagonistes soient statiques face au public et qu’ils lisent des textes juridiques ou des discours officiels.

Mais cette inquiétude se dissipera rapidement : Maylis Bouffartigue, qui s’octroie le rôle de la méchante, c’est-à-dire celle de « Madame la République », n’est pas tombée dans un didactisme ennuyeux.

Pour peu qu’on accepte les modalités de ce « théâtre citoyen », avec un minimum d’attention, on recevra « La mise en procès » comme une mise à plat de problématiques trop souvent mal traitées par les médias.

Travail minutieux et nécessaire, la pièce se prête bien au débat qui la suit. Maylis Isabelle Bouffartigue, là encore, a choisi des intervenants de qualité, comme Olivier Le Cour Grandmaison Louis Sala-Molins ou Louis-Georges Tin,  dont elle s’est inspirée notamment pour nourrir les propos de son avocat.

Si l’on accepte cette formule « Dossiers du Théâtre », on ne pourra qu’apprécier cette soirée citoyenne.

Philippe Person – http://www.froggydelight.com

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CQFD  Théâtre

Le colonialisme mis en procès n° 110 • avril 2013 13

La comédienne et dramaturge Maylis Bouffartigue, animatrice de la compagnie Monsieur Madame,pratique un théâtre politique qui ne parle pas à la place des citoyens ,mais leur fournit des armes pour résister. Rencontre autour de La Mise en procès, son dernier spectacle.

CQFD: Depuis quand tournes-tu avec La Mise en procès ? Pour quelles raisons as-tu décidé de monter ce spectacle?
Maylis Bouffartigue : La Mise en Procès est la suite de mon travail artistique. L’une de mes dernières créations théâtrales (Tria Fata) traitait de l’exil,de l’errance et mettait en procès la loi en général. J’avais éprouvé la nécessité de me pencher sur les lois concernant les étrangers. Rappelonsque le Ceseda (Code de l’entrée et du séjour des étrangers, et du droit d’asile) est entré en vigueur en 2005, la même année que la parution de l’article du 23 février prônant les bienfaits de la colonisation. J’ai donc commencé par une «mise en procès fictive» du code des étrangers. J’avais fait cette proposition à maître Giusti, avocat au barreau de Paris,qui jouait son propre rôle. Mais en fait, cela faisait de longues années que j’avais l’idée de «mettre en procès» le colonialisme. En 2008, alors que j’étais invitée au festival international du Théâtre des réalités au Mali, Adama Traoré, le directeur du festival, qui connaissait depuis longtemps ce désir, m’a offert le livre Coloniser,exterminer (Fayard, 2005) d’Olivier Le Cour Grandmaison. Tout s’est ensuite enchaîné d’une façon très logique. Mon parti-pris radical était de mettre en procès des codes juridiques. Olivier Le Cour Grandmaison avait écrit De l’indigénat (éditions La Découverte-Zones, 2010), qui traite justement des décrets concernant l’indigène sous la IIIe République. Je me suis donc inspirée de ses deux derniers livres, mais je ne pouvais pas m’arrêter à cette époque coloniale, il était inévitable et logique d’aller plus en amont dans le temps et de mettre aussi en procès le Code noir. Je me suis alors inspirée du formidable livre Le Code noir ou le calvaire de Canaan (PUF, rééd. 2012), de Louis Sala-Molins, qui avait tant dérangé lors de sa publication, en 1986. Ces trois codes sont écrits pour contrôler des catégories à part de gens : Noir, Indigène et Étranger. La Mise en Procès n’est certes pas là pour mettre les trois codes sur le même plan, pour dire que l’histoire est la même depuis des siècles, mais pour mettre en exergue le racisme d’État, le racisme élitiste multiséculaire et traditionnel, couvert par la loi censée incarner l’objectivité… Pour reprendre une phrase d’Olivier Le Cour Grandmaison, avec cette pièce, je combats «l’arbitraire établi par le droit et au nom même du droit.» Il faut avoir conscience que le code noir et le code de l’indigénat ont légiféré la mise à mort par le biais de l’esclavage ou du travail forcé de millions d’hommes, de femmes et d’enfants… L’esclavage a été reconnu en 2001 comme étant un crime contre l’humanité. Mais qu’en est-il du colonialisme et du travail forcé?  Ou encore de l’esclavage de case qui a été toléré voire encouragé par la troisième république dans ses colonies?

CQFD Au Lavoir moderne, le spectacle à peine achevé, tu as lancé une discussion- débat avec Louis-Georges Tin et Olivier Lecour-Grandmaison.Pourquoi ne pas intégrer les intervenants à la pièce, dans le cadre de l’accusation?
Maylis Bouffarigue  Je serai très heureuse d’intégrer dans la pièce Olivier Le Cour Grandmaison, ou Louis Sala-Molins, ou encore Louis Georges Tin, ces trois intellectuels précieux, singuliers et courageux. Ceci dit, je tiens à ce qu’ils débattent et discutent avec le public à la fin de la représentation, car ils éclairent scientifiquement des pans de notre histoire,si méconnue ou mal connue par la majorité des Français eux-mêmes.

CQFD Te revendiques-tu du «théâtre d’intervention » brechtien ?
Maylis Bouffarigue Je ne me revendique pas ! Je fais du théâtre aujourd’hui,ici et maintenant, et surtout devant un auditoire ! Par sa forme particulière, cette pièce rappelle la vocation civique initiale du théâtre antique. Le théâtre ne prend vie et n’existe qu’à une unique condition : il doit être incarné devant un auditoire. Une pièce dramatique n’existe en tant qu’acte théâtral qu’à ce moment-là, dès que le public, l’acteur principal dirais-je, entre en jeu en étant auditoire : sans ce fondement, une pièce reste un livre avec un intérêt bien moindre, car c’est dans cette incarnation elle-même que le théâtre devient effectivement réel et acte public. Qui dit acte public et auditoire dit acte politique… Ainsi La Mise en procès répond à cette loi théâtrale, à ce «droit théâtral fondamental» du spectateur. Elle propose des textes qui ne sont pas référencés comme étant des textes dramatiques, mais qui concernent les affaires publiques et donc le citoyen lambda. Ce dernier peut ainsi jouir de son droit civique et accaparer ces textes délaissés par l’Éducation nationale et la culture en général…

CQFD Tu as joué dans le film La Commune de Paris (1999) de Peter Watkins. Quel a été ton parcours depuis et quels sont tes projets futurs? T’est-il aisé de vivre de ton art aujourd’hui?
Maylis Bouffarigue J’ai créé en 2001 un solo, La diseuse quelqu’un, que j’ai eu l’occasion de jouer en Pologne, en Italie, au Togo, au Mali, au Burkina Faso, au Sénégal, au Quebec… Ce solo a été défini par les critiques comme un « poème scénique ». Beaucoup de spectateurs venaient me voir à la fin des représentations pour me demander de « vivre une expérience artistique et théâtrale avec moi»! Parmi eux il y avait des artistes, des étudiants, des scientifiques, des femmes au foyer, des chômeurs, des sans-papiers, des enseignants, des rappeurs, des slameurs, des écrivains. J’ai établi une longue liste de toutes ces personnes que j’ai conviée pour présenter diverses propositions en avant-première de mon solo. Une association de fait était née. J’ai ensuite créé ma compagnie de théâtre, en 2002, une association nommée compagnie Monsieur Madame, composée en partie du public préalablement rencontré. Depuis,j’ai écrit et mis en scène plusieurs pièces… Mon prochain projet concernera le génocide des tutsis au Rwanda. Vivre de son art n’est pas aisé. Mais ce qui est le plus difficile, le plus dénué de sens, c’est la sélection opérée par la majorité des experts-culture,des directeurs et programmateurs de théâtre. Quels sont les critères de leur choix? Ces professionnels de la culture qui gravitent autour des artistes décident de ce qui est bon pour «leur» public. C’est ainsi que l’on peut laisser porte ouverte à une censure camouflée, c’est ainsi que l’on empêche l’artiste de théâtre non consensuel de communiquer ses réflexions et, pire, c’est ainsi que l’on prive le public de ces diverses propositions, que l’on transforme le spectateur, cet acteur principal du spectacle vivant, en client, en acheteur de produits convenus, faciles à consommer et décidés par des experts ! Je pense alors à cette phrase fondamentale de Tadéusz Kantor: «Le moment où un homme, un acteur, se lève devant d’autres hommes, des spectateurs, me paraît être un moment révolutionnaire.»

Propos recueillis par Nicolas Norrito
 

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One Comment
  1. Anne permalink

    Continuez ces combats artistiques nécessaires.
    « Je connais trop les hommes pour ignorer que souvent l’offensé pardonne, mais que l’offenseur ne pardonne jamais. » J.J. Rousseau.

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